Bon, le 31 octobre, c'est pas tous les jours, alors, comme c'est pas tous les jours, je me (vous) resserts celle que je préfère, qui tapisse déjà quelques murs de maisons que j'aime, chez des gens que j'aime. Fort Dauphin est en passe de subir les affres du développement, avec sa cohorte d'effets collatéraux quand c'est mal géré... Depuis 10 ans que l'on en parlait, l'extraction de ce minerais faisant la couleur particulière du sable de Fort Dauphin est donc lancée, quelques centaines d'expats sont arrivés d'Afrique du Sud, du Canada, les rotations par avion avec Johannesburg sont régulières, les hotels remplis 6 mois à l'avance. Pour aller à Vinanibe, la "piste" a été élargie par 3 au milieu de la forêt d'eucalyptus, la population de Fort Dauphin s'est multipliée, il y aurait même un radar de positionné dans la ville contre les excès de vitesse, ce qui il y a quelques mois aurait été une vaste blague vu l'état des routes. So what ? Rien.
Je garde juste en mémoire la baie des singes, une petite fille qui se gave de bonheur au milieu de la plage, un soir après une journée de surf et de planche à voile, loin de tout, loin du monde.

Que du bonheur.
Il y a peu j'ai lu un truc qui m'a beaucoup parlé, et qui parle sans doute à ceux pour qui la mer représente une part d'eux-mêmes sans laquelle il est difficile de survivre. "Qui regarde la mer tourne le dos aux infortunes du monde", Yasmina Kadra, "L'attentat".

Un petit regard sur la mer, deux points de vues.

Du vent, du soleil, des reflets, des nuages, une immensité qui fait rêver.
La route du Rhum a commencé ... Que nous sommes loin de tout cela par ici. Cela concerne qui finalement ? Mais bon, c'est vrai que la course est belle, rien à redire.

Le gars sur sa pirogue est bien loin de tout cela ...
Jesus Diaz est un conteur hors pair. Etait. Manuel ressemble à Kingsley. Epoque différente. Même recherche. Même problématique. L'un est né au Cameroun et essaye de s'en sortir en rejoignant l'eldorado, petit miracle européen que tout le monde fait miroiter, l'autre est cubain. Mais celui-là n'est pas cubain à Cuba, il est cubain à Kharkov, en Ukraine, En 1989. Avant la chute du mur de Berlin, avant l'arrivée de Gorbatchev. Et ce pauvre étudiant brillant en physique des basses températures se voit réduire à abandonner une carrière exceptionnelle et se sauver au travers de l'Europe des années 90, Pologne, Finlande, Suisse, Allemagne pour échapper aux sbires de Mr Castro... Manuel s'en est bien sorti. Comme Kingsley. Mais ce fût chaud, très chaud. Donc Jesus Diaz, "Les quatres fugues de Manuel", chez Gallimard. Fin du livre extraordinaire, et tout le long, un suspens digne de John Le Carré ....
Jesus Diaz est mort en 2002 à Madrid, exilé cubain. Ce livre est un peu une histoire des immigrés qui voient en l'ouest un eldorado inaccessible, ouest ou nord ....... L'histoire se répète. Ou se perpétue.
Un gros tas informe sur la plage, un filet qui a mal tourné. ça rappelle les jours de pêche à la ligne ou les journées cerf volant qui se termine en mettant tout en vrac dans un sac, et en se demandant à quoi ça rime tout cela et qui un jour inventera le fil qui ne s'emmèle plus ...

Triste spectacle quand même.